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Toutes premières fois

La première fois que… j’ai assumé mes cheveux blancs

Annie,

57 ans

Dans la peau d’une « blande »

Jusque-là, les signes de sagesse, ce n’était pas trop mon truc : la vue du moindre cheveu blanc m’horrifiait. Depuis mes 30 ans, j'étais de toutes les colorations, même les végétales, faites maison. C'était fastidieux, ça coûtait de l'argent, et c'était la course, en vain, contre le temps, contre moi-même. Et ces racines blanches qui réapparaissaient chaque mois, comme une humiliation.

Et puis dans ma vie, il y a eu du changement. Un nouveau poste. J’étais mutée dans le service qui m’intéressait depuis des années. À 57 ans, je me sentais au top, je n'avais plus rien prouver... enfin presque. Il y avait mes cheveux. J'avais envie d'être en paix avec eux. Ne plus être dans le mensonge. Je me disais, après tout, les signes du temps, ce n’est pas une catastrophe. Je ne vais pas lutter toute ma vie !

Mais je me posais encore mille questions : n’ai-je pas les yeux trop foncés ? Est-ce que ça ira avec mes cheveux frisés ? Bref je cherchais tous les arguments pour repousser le moment.

La vraie peur, c’était le jugement de mes proches. J’ai décidé de tâter le terrain à la maison. Ma fille, ça l'amusait : le going grey* c’est trop cool, elle disait. Au fond, du haut de ses vingt ans, elle voyait ça comme un jeu. Elle ressentait moins cette pression sociale.
Mon mari, je lui ai demandé directement, s’il aimerait toujours une femme aux cheveux blancs. Il a souri, toi tu seras unique, il m'a dit. J’étais un peu moins découragée, mais malgré tout je n’avais pas envie de me faire remarquer.

Sur Google, j’ai cherché des conseils et je suis tombée sur ce terme intriguant : les « blandes ». C'est Sophie Fontanel, fameuse romancière et critique de mode, qui l'avait inventé. J'ai couru acheter son dernier livre, Une apparition, qui creuse cette question. Elle raconte que ce sont ses cheveux blancs qui l'ont fait entrer dans la lumière. Je l'ai lu d'une traite. Elle parle de renaissance, d'honnêteté, de liberté. Je me suis dit : pourquoi pas moi ? Je passe mon temps à prêcher l’acceptation de son corps, alors pourquoi je flippe pour une poignée de cheveux blancs ? Ça a été un déclic.

Bon, la période de transition entre les cheveux colorés et les cheveux blancs a été très compliquée. Mais je me sentais de plus en plus en phase avec mon choix. Au bout d’un an, j’ai enfin vu le bout du tunnel. Et j'avais le soutien indéfectible de mon mari, depuis le début.

Aujourd'hui, je me sens épanouie. Soulagée. J'ai compris qu'afficher une chevelure grise, c’est s’affranchir de la peur de vieillir. Ça c'est Tatiana de Rosnay qui l’a dit. On en a, des inspiratrices !

Avec ces cheveux blancs, je me trouve même de nouveaux charmes. Et puis, c’est dingue dans la rue, dans une foule, on est repérée, on devient visible. Contrairement à ce que l'on imagine, les hommes regardent. Et il parait que le mien est retombé amoureux !

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